La civilité entre dans le monde, avec le discours, par la porte de la honte. Oui, la honte. « La présence d’autrui, écrit Levinas, ne met-elle pas en question la légitimité naïve de la liberté ? La liberté ne s’apparaît-elle pas à elle-même comme une honte pour soi ? Et réduite à soi comme usurpatrice ? ». Ce n’est pas, nous dit ici Levinas, la peur de l’autre qui arrête l’élan de la liberté et qui civilise l’individu, c’est la honte devant lui. Et nul ne choisit d’avoir honte. La honte frappe comme la foudre. Elle est le dégrisement fatal et salutaire que le visage inflige au moi. Dégrisement est le maître mot de ceux qui ne veulent pas être dupes.
Alain Finkielkraut
Pêcheur de perles